Mais les doutes persistent !

Malgré l'avis positif du monde scientifique, de nombreuses voix s'élèvent encore contre ces nouvelles énergies et les arguments, souvent efficaces (faim dans le monde, guerre...), ne manquent pas. Traitant ici de sciences humaines et sociales, inexactes et incertaines, les contres avis, les démonstrations hasardeuses, et les prévisions de toutes sortes ne manquent pas. Un petit débroussaillage de ces idées vagues et quelques éclaircissements s'imposent donc.

+ Un avenir prometteur ?

On le sait, une énergie a besoin de temps pour se développer, pour que les filières se forment, pour que la technique progresse. Le pétrole lui même tel qu'il était à ses débuts aurait été battu à plate couture par les biocarburants d'aujourd'hui, et ce sur tout les domaines. Les biocarburants tels que nous les connaissons actuellement sont fonctionnels, compétitifs, mais pas assez pour contrer l'incertitude qui les entoure et le flou entretenu par certains autour des chiffres réels et permettre l'émergence rapide des carburants verts.

Les biocarburants actuels, dits de première génération, présentent encore plusieurs domaines pour lesquelles la marge de progression est encore importante. La culture en elle même des plantes sucrières et oléagineuses, on l'a vu, profite déjà des avancées techniques de l'agriculture moderne. La recherche peut néanmoins se tourner davantage vers une production plus importante, ou plus riche en sucre, amidon, ou huile, laissant de coté l'aspect gustatif de plantations depuis toujours vouées à la consommation alimentaire. Cet axe possible de recherche et de progrès inquiète sérieusement les écologistes, qui redoutent un emploi massif de pesticides et d'engrais sous prétexte que les cultures n'auront pas comme finalité l'absorption par l'homme. Ce sera alors à l'état d'encadrer les cultures destinées aux biocarburants par une législation rigoureuse, prenant en compte les intérêts de toutes les franges de la population.

Un autre sujet source d'espérance pour les uns et de craintes pour les autres est l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés, puisque les risques directs pour l'homme seraient nuls. Bien sûr, les risques de contamination des autres cultures serait dans ce cas bien présente. Là encore, pour que la recherche puisse s'effectuer sans risque, une législation stricte doit être élaborée.


L'algue chlorella et les déchets verts : l'énergie de demain ?

Enfin, le passage aux bio-carburants de deuxième génération, ceux qui utilisent la biomasse, transformant ainsi les déchets forestiers et agricoles, appelés déchets ligno-cellulosiques, ainsi que les algues, en éthanol. Le procédé, plus complexe que pour la production de bio-carburants de première génération, n'est pas encore tout a fait au point, et ne pourra voir le jour que d'ici 10 ou 15 ans. Cette solution, en plus d'un coût énergétique plus faible, aura également un coût de revient plus faible (0,30 € le litre contre 0,45 € pour les bio-carburants de première génération). Un autre avantage non négligeable est qu'ils n'entrent pas en concurrence pour l'utilisation des terres avec les cultures alimentaires. La France, avec ses quelques 17 M d'hectares de forêt, est actuellement à la pointe de cette technologie.

+ Un point de départ indispensable.

La raison principale du « sous-développement » des biocarburants est sans aucun doute l'absence d'un « point zéro ». En effet, un distributeur n'aurait pas intérêt à distribuer du biocarburant, c'est à dire mettre en place les infrastructures de production, de transformation, de transport, de distribution, et payer les inévitables taxes, puisqu'il n'y a pas encore réellement de marché. Les utilisateurs ne sachant effectivement pas où faire leur plein, où trouver l'éthanol pour faire marcher leur tout nouveau système « flex-fuel », ni un EMVH légal pour remplacer l'huile de friture prohibé dont les effets sur le moteur prévu sur le gazole sont encore incertains.

Le gazole lui même a eu besoin d'un point de départ pour devenir aujourd'hui l'un des pétro-carburant les plus utilisés aujourd'hui. C'est en effet depuis la décision de la Royal Navy (la marine militaire anglaise) de faire fonctionner sa flotte au gazole que le réseau de production, de transport et de distribution ont pu se mettre en place. Pour les biocarburants, il est probable qu'un tel coup de pouce agirait comme une rampe de lancement idéale. Des avancées similaires ont déjà vu le jour, puisque des collectivités locales peuvent demander une dérogation pour faire rouler leur parc automobile avec des biocarburants si elles évoluent en milieu urbain. Cependant, un assouplissement de la législation de ces énergies vertes ainsi qu'une fiscalité intéressante devraient suffire.

+ La fin de la dépendance énergétique ?

La dépendance énergétique de la plupart des pays, notamment développés, envers les pays producteurs de pétrole pèse aujourd'hui lourd dans l'économie mondiale. Lorsque des mastodontes économiques comme les États-Unis ou la Chine doivent mettre un genou à terre devant l'Arabie Saoudite ou le Yémen, ce n'est en pas, en effet, sans conséquences au niveau de la conquêtes de certains marchés, du niveau de vie des population et de leur pouvoir d'achat. Le problème devient encore plus sérieux lorsque des populations sont déplacées, que des conflits sont envenimés pour récupérer des régions pétrolifères (Darfour, Palestine, Irak...). Les biocarburants étant une ressource plus ubiquiste, on peut ainsi espérer une meilleure distribution des richesses et réduire les conflits énergétiques.

Il ne faut pas non plus oublier que les biocarburants les plus rentables réclament une technologie que tout les pays ne peuvent pas aborder. On prendrait alors le risque de provoquer un simple changement de protagoniste sur la planète énergie, régie par un hypothétique OPEB hégémonique : l'organisation des pays exportateurs de biocarburants.

La France dispose de peu de terres agricoles encore disponibles, et l'orientation des politiques énergétiques vers les biocarburants de première génération ne semble pas pour l'instant intéressante à long terme, puisqu'elle se retrouverait certainement dépendante de pays comme le Brésil et sa canne à sucre ou les États Unis et leur maïs, plutôt que des pays du Moyen-Orient. Toutefois, le domaine forestier important et les terres agricoles à but alimentaire peuvent, ou plutôt pourront, à long terme, fournir la biomasse ligno-cellulosique nécessaire pour faire fonctionner une part non négligeable des moyens de transports de l'hexagone.

+ Un carburant bon marché ?

Selon les calculs par rapport à la situation actuelle, le coût de revient des différentes filières biocarburants, une fois déduits les apports dûs à la vente des produits dérivés, est un peu moins de 2 fois supérieur aux prix auxquels nous achetons les énergies fossiles (0,67€ pour le biodiesel contre 0,40€ pour le pétro-diesel, et 0,79€ pour le bioéthanol contre 0,45€ pour le sans plomb 95). Cependant, si l'on considère les impacts bénéfiques en termes d'indépendance énergétique, de création d'emplois, de meilleure position sur la bourse du carbone etc. les biocarburants prennent alors l'avantage, puisqu'ils deviennent légèrement inférieurs. Quand on connaît la part des taxes dans le prix des carburants, on comprend alors rapidement pourquoi une exonération au moins partielle sera nécessaire au développement de cette filière.

Personne ne peut cependant prévoir ce que les anti-biocarburants redoutent, à savoir une hausse des prix des produits agricoles, dû à l'augmentation de la pression sur les terres arables et à l'augmentation de la demande. Malgré ces incertitudes, une des données de l'équation semble prévisible : l'envolée du prix du baril de pétrole au delà des 100 $.

+ De nouveaux débouchés ?

C'est peu dire que d'affirmer que l'agriculture française actuelle est en crise. Avec l'ouverture des marchés, la concurrence de pays en voie de développement a fortement réduit la part de marché qu'occupaient les producteurs nationaux. Malgré l'impact positif et novateur de la PAC, la surproduction doit souvent être maîtrisée pour maintenir le niveau de vie des agriculteurs à un niveau correct, et pour cela des politiques de subventions improductives sur la jachère et l'exportation sont régulièrement appliquées. Cette situation ne semble convenir ni aux agriculteurs, ni à l'état. Les biocarburants ont-ils réellement le pouvoir de changer la donne ? Ils pourraient en effet permettre d'exploiter pleinement les terres laissées en jachère, de s'adapter au marché en faisant varier les types de productions en fonction des prix et de la demande, et d'exploiter les résidus de la production pour la chimie (glycérine) ou comme aliments pour l'élevage (tourteaux). On compte qu'autour de 5 000 emplois agricoles pourront êtres créés. Des effets pervers sont cependant redoutés, comme l'augmentation des prix des terrains agricoles. La qualité et les prix de la concurrence étrangère sont également une inconnue, notamment de la part des nouveaux pays de l'union européenne, au fort potentiel agricole.


La jachère fleurie, c'est beau, ça conserve la biodiversité, mais ça ne fait pas avancer nos voitures !

Du point de vue de l'industrie, l'impact pourrait également être également positif. Les emplois créés pour la transformation des cultures sucrières et oléagineuses devrait largement contrebalancer les pertes d'emploi du secteur pétrolier, et les emplois annexes, ajoutés à l'apport de capitaux dû à la réduction de la facture énergétique nationale devraient là encore engendrer plusieurs milliers d'emplois indirects.

+ La fin des haricots ?

L'un des principaux arguments des anti-biocarburant est celui de la concurrence qu'il vont exercer sur les cultures alimentaires. L'utilisation de plantes nourricières pour faire rouler des 4*4 lorsque des millions de personnes ne mangent pas à leur faim peut en effet sembler éthiquement contestable. Il existe d'ailleurs déjà des cas d'augmentation des prix des aliments à cause de l'utilisation des plantes pour produire du carburant.

Ainsi, au Mexique, les franges les plus pauvres de la population on vu augmenter de 50 à 100% le prix de la tortillas, qui constitue l'une des bases de leur alimentation. Cette augmentation radicale, due à l'entêtement qu'on les États-uniens de produire de l'éthanol à partir du maïs (l'ingrédient principal de la tortillas), à donné lieu a de nombreuses manifestations, qui on conduit le gouvernement mexicain de Calderòn à juguler les prix du maïs, de la farine, et de la tortillas.


Manifestation au mexique contre l'augementation des prix du maïs.

Cet argument remet sérieusement en cause la vision que l'on a des biocarburants comme une solution ne présentant que des avantages. Cependant, ce problème pourrait se poser (et ne se pose bizarrement pas) pour d'autres cultures non alimentaires (très rentables) comme le tabac. À notre réflexion doivent s'ajouter les images d'agriculteurs brûlant leur production capable de nourrir un régiment de miséreux pour protester contre la surproduction et l'effondrement des prix, ce qui nous fait forcement penser que des progrès sont également réalisables en réglant ce qui ne tourne manifestement pas rond.

Il faut également noter que ce problème de concurrence entre carburant et nourriture devrait disparaître avec l'émergence des biocarburants de deuxième génération.