Des scientifiques plutôt enthousiastes...

Les éléments que nous exposons ci-après sont basé sur des études scientifiques sérieuses, réalisé par des organismes compétents. Si le débat n'est pas tout à fait clos sur les sujets suivants, les grandes lignes que nous présentons font cependant l'unanimité, et seules des desaccords sur des questions de détail sont encore à l'ordre du jour. Ce chapitre est donc à distinguer du suivant, qui traite de questions d'ordre plus humain (économique, sociale...), et qui à ce titre ne saurait trouver de réponses « exactes ».

+ La pollution :

La pollution est un problème ancien, qui a pris une ampleur plus importante au début du siècle dernier, et dont on ne se soucie réellement que depuis une cinquantaine d'années. Le pétrole et son utilisation systématique dans les transports et l'industrie est en grande partie responsable de la pollution atmosphérique dont on se soucie aujourd'hui, et qui entraînent d'autres effets pervers (réchauffement climatique, pluies acides...). Mais les méfaits de l' « or noir » ne s'arrêtent pas là. Les terrains pétrolifères exploités par exemple, sont dégradés par des installations de pompage imposantes et par les activités humaines qui les entourent. On peut également citer les oléoducs qui ravagent les paysages et fragmentent les écosystèmes. À cela s'ajoutent évidemment les marées noires et les dégazages dus aux transports qui font régulièrement la une de l'actualité. Une solution de rechange est de plus en plus nécessaire, et un consensus sur la question devient de plus en plus urgent.


Plus jamais ça ?

L'une des solutions envisageables sont bien évidemment les biocarburants. Malgré l'enthousiasme de certains et le coté « nature-écolo » qui séduit, le débat quant à leur réelle efficacité environnemental reste ouvert.

Le premier point avancé par les scientifiques est celui du rendement énergétique. En 2002, la DGEMP (aujourd'hui DIREM) et l'ADEME ont mandaté une étude auprès d'écobilan afin de déterminer les rendements des différentes filières énergétiques. Il apparaît que le rendement énergétique brut (énergie obtenue / énergie utilisée) du pétrole est meilleur que celui des biocarburants, mais qu'il chute dès que l'on considère uniquement les énergies non renouvelables au niveau de l'énergie utilisée. On arrive ainsi aux chiffres suivants :

Cet avantage du bilan énergétique en faveur des biocarburants se retrouve également dans le bilan sur la pollution par gaz à effets de serre :

Ce bilan montre un net avantage pour les biocarburants dons la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Il convient toutefois de souligner qu'il ne prend pas en compte les autres pollutions, comme par exemple celle des pesticides utilisés pour la culture des betteraves, du colza etc. dont on ne peut connaître précisément l'impact puisqu'elle dépendra des lois qui s'appliqueront spécifiquement à ce type de culture et des agriculteurs eux mêmes. La probable disparition de la jachère et la déforestation qui a déjà commencé au Brésil, le champion de l'éthanol, entraînera également une chute importante de la biodiversité, ainsi qu'une dégradation des sols cultivés.


La déforestation, un phénomène que la culture pour les biocarburants pourrait bien amplifier.

Globalement, l'éthanol et l'EMHV présentent un net avantage au niveau des émissions de gaz à effet de serre. Seuls les dégâts provoqués par la culture des plantes nécessaires présente un inconvénient pour les biocarburants. L'effort à faire de ce coté est bien évidemment scientifique, par la recherche et l'expérimentation, mais également législatif, afin d'encadrer cette nouvelle filière également sur le plan écologique.

+ Le rendement par unité de surface :

Une autre donnée important à étudier lorsque l'on veut comparer les 2 filières pétrole et biocarburant, est le rendement en matière d'occupation du territoire. En effet, pour l'instant, les zones entièrement vouées à la filière pétrole se trouvent pour l'instant hors de nos frontières, et nous n'avons donc pas conscience de leur importance.

Le pétrole est une ressource présente uniquement en certains points du globe, mais en de très grandes quantités. Elle réclame donc de très grandes installations, comme le gisement de Ghawar en Arabie Saoudite, qui s'étend sur une surface de 280 km de longueur et de 30 km de largeur, pour 5200 km². Il produit près de 300 milliards de litres par an, soit 60 000 000 de litres par km². En comparaison,1 km² de betteraves, la culture la plus rentable, produit 500 000 litres d'éthanol par an.

Certes Ghawar est le plus grand puits du monde, et sa production par unité de surface est parmi les plus élevé, mais la différence de plus de 100 fois supérieure nous montre bien à quelle point la culture des biocarburants consomme plus d'espace que l'extraction du pétrole. La place occupée par les infrastructures de transport, de transformation et de distribution consomment des surfaces comparables, mais sont négligeables.


Photo aérienne du puit de pétrole de Ghawar, en Arabie Saoudite.

+ Consommation :

Un véhicule roulant avec un moteur adapté de type flex-fuel pour de l'E-85 aura une consommation légèrement supérieure en mode E-85 par rapport au mode essence, mais gagnera en puissance (grâce à l'augmentation de l'indice d'octane). Une adaptation de la conduite, voir du moteur pour des véhicule roulant exclusivement à l'E-85 pourrait permettrait de réduire ces différences.

Dans le cas de l'EMHV, la consommation est encore une fois sensiblement la même. On ne note, selon une étude de la RATP pour ses véhicules, une surconsommation de seulement 3,5%, mais avec des moteurs prévus pour le gazole uniquement.

Malgré un faible désavantage sur le papier au niveau de la consommation, la recherche sur les énergies vertes (qui n'en est qu'à ses débuts), et la commercialisation de véhicules adaptés devraient leur permettre de prendre l'avantage. Il est également important de noter que ces données, recoupées avec celles du rendement énergétique, donnent l'avantage aux biocarburants malgré une consommation supérieure.

+ Besoins en eau :

Si le manque de pétrole s'annonce comme l'un des grands problèmes de demain, que dire de l'eau ? Déjà aujourd'hui, la construction de barrages, la pollution aquatique et les prélèvements hydriques donnent lieu à de fortes tensions diplomatiques dans certaines régions du monde. La mise en culture de nouvelles terres pour les biocarburants va-t-elle donc également jouer un rôle important au niveau des ressources en eau ?

Pour ce qui est des cultures sucrières, leurs besoins en eau sont le plus souvent adaptés aux latitudes sous lesquelles elles sont cultivés. Ainsi, la betterave ne réclame que 700 à 800 mm de précipitation par an, et 1500 mm pour la canne à sucre, taux qui peuvent réclamer seulement une irrigation temporaire en été et en saison sèche. Pour la production d'éthanol, seul le maïs réclame un système d'irrigation important.

Pour les cultures oléagineuses, le tournesol a besoin de 420 mm d'eau, et ne nécessite pas non plus d'irrigation excessive. Le colza fait encore plus fort puisque récolté au début de l'été, il ne réclame donc pas d'irrigation du tout.